La vallée de la Maurienne s’étage d’Aiguebelle à 320 mètres jusqu’au petit village de l’Ecot situé à 2030 mètres d’altitude. On voit aujourd’hui plus de semi-remorques que de vignes en Maurienne. La vallée est en effet (avec la vallée de Chamonix) l’un des principaux points de passage avec l’Italie par le col du Mont Cenis ou par le tunnel du Fréjus. Il n’en a pas toujours été ainsi.

La vigne a été cultivée en Maurienne depuis le Moyen-Age sous toutes ses formes en treille, en haies ou en hutins. En 1756 un rapport annuel adressé à l’Intendant général de la Savoie indique que l’on avait récolté 6874 hectolitres de vin dans la vallée et l’on exploitait encore au début du XXème siècle plus de 2200 hectares de vigne du bas de la vallée jusqu’à Orelle, à plus de 1000 mètres d’altitude.

La plus grande partie de la production viticole n’avait d’autre horizon qu’une consommation familiale. Cependant, certains côteaux produisaient ce que le tous les auteurs des XIXème et XXème siècles de Verneil au Chanoine Gros puis, plus tard, le Docteur Ramain n’hésitaient pas à nommer comme un vin d’exception : le Persan. Ce cépage est probablement originaire de la vallée de la Maurienne.

Les terroirs les plus réputés étaient les sols caillouteux des cônes de déjection de Saint-Martin-la-Porte, Saint-Julien et surtout les pentes du Rocheray dans les environs de St Jean de Maurienne siège de l’évêché (qui en détenait lui-même les meilleures parcelles !). La vallée était le berceau de nombreux crus : Princens, Bonne-Nouvelle, Combaz-Fallet, Frédière, Rippes, Rodours, Foumache, Lancessey, Maréchale, Echaillon, Hermillon, La Casse, St. Avre, etc. dont les qualités étaient vantées par les sociétés savantes de l’époque.

Nous avons dégusté récemment un Persan originaire d’Orelle (à plus de 1000 mètres d’altitude) d’une grande complexité de goûts et d’arômes, titrant à 14°, qui nous a procuré un plaisir rare.

Un autre cépage était cultivé en Maurienne le « Blanc de Maurienne » ou vin des Evêques. On sait encore peu de choses sur ce cépage rarissime, des recherches récentes l’ont apparenté à la Rèze encore cultivée dans le Valais en Suisse.

Les habitants les plus aisés de la plupart des communes de Maurienne, possédaient une parcelle de vigne sur un de ces terroirs.
Comme bien des vignobles savoyards celui de Maurienne n’a pas survécu aux attaques du phylloxéra et c’est une industrialisation forcenée après la deuxième guerre mondiale (et la pollution qui en a découlé) qui seront la cause de la quasi disparition de la vigne en Maurienne. Il subsiste quelques parcelles ici et là qui font le bonheur de quelques autochtones aussi résistants que leurs ceps.

Heureusement une initiative courageuse fait renaître la vigne en Maurienne. L’association Solid’Art qui avait créé « L’aura », structure composée de 42 000 petites auras d’aluminium gravées, a voulu diversifier son activité sociale de réinsertion en replantant de la vigne dans la vallée dans le but de de réintroduire le Persan dans son berceau d’origine.

La première plantation de vigne, après défrichage des taillis, a eu lieu en 2008 à Hermillon et s’est poursuivie en 2009 et 2010 sur Hermillon et St Julien Montdenis. Enfin c’est St Jean de Maurienne qui a vu le retour du Persan sur ses pentes au printemps 2011.

L’exploitation compte actuellement plus de 35 ares de vigne. La culture est conduite avec un itinéraire technique d’Agriculture Biologique depuis le début et l’exploitation est non mécanisée.

Les premières dégustations ont eu lieu à l’automne 2011 et l’on peut dire que la première vendange est un coup de maître ! En effet, l’assemblage 2010 de Persan, de Mondeuse et de Douce-noire a été très vivement apprécié par les oenologues et par les amateurs avertis.

N’ayant peur de rien, les Mauriennais ont aussi réintroduit une autre activité agricole typique de la Maurienne mais quasiment disparue : la culture du safran. La Safranière a été implantée en 2009 sur le site de St Julien Montdenis.
La Maurienne est célèbre pour être le berceau de la Maison de Savoie. Humbert aux Blanches Mains, probablement né vers 985 d’une famille saxonne fut en effet le premier Comte de Savoie. Il reçut sa charge vers 1034 de l’Empereur Conrad le Salique et mourut au Chatel vers 1048.
On peut encore voir son tombeau sous le porche de la cathédrale de Saint Jean de Maurienne.