« Nulle part ailleurs, l’exposition au sud-est, et même localement au sud, sous les falaises baujues (« du massif des Bauges » n.d.l.a), n’est mieux réalisée qu’au long de ces 17 km qui vont de Montmélian aux Moulins de Fréterive. » Raoul Blanchard

La combe de Savoie longe l’Isère d’Albertville à Montmélian, elle est jalonnée de vignobles sur presque toute sa longueur, essentiellement sur le versant sud du massif des Bauges. Comme dans la cluse de Chambéry le vignoble est cultivé sur des boues glaciaires, d’anciens alluvions ou des sols peu calcaires mais reposant sur un sous-sol caillouteux. La variation des types d’argile ou de marnes mélangées aux colluvions calcaires détermine les différents crus.
L’altitude varie de 290 à 500 mètres mais l’orientation reste sud-est sur toute la longueur du vignoble.

On cultive ici à peu près tous les cépages agréés exceptés le Chasselas, le Gringet, et la Molette.

La vigne est cultivée en Combe de Savoie depuis une époque très lointaine, dès le XIème siècle elle participe à l’enrichissement de l’Église et notamment des différents monastères de la région ( Chartreux d’Aillons ou de St Hugon, Bénédictins de Bellevaux, Trappistes de Tamié ou Cisterciennes de Betton) qui n’hésitent pas à se disputer les profits de testaments et autres donations. En 1608 un « touriste » Anglais écrit : « Sur tout le chemin entre Chambéry et Aiguebelle, je vis une abondance infinie de clos de vigne plantés au pied des Alpes de chaque côté de la route… ».

Depuis le XIXème siècle la Combe de Savoie se divise en deux vignobles : l’un en amont est destiné à la production familiale, l’autre en aval est orienté à la vente.

Le diguement de l’Isère

Les milliers de touristes qui empruntent aujourd’hui l’autoroute A430 pour se rendre dans les grandes stations de ski de Tarentaise seraient surpris si on leur brossait le paysage qu’offrait la Combe de Savoie au début du XIXème siècle.

Il faut en effet imaginer une plaine dans laquelle divaguait un fleuve très capricieux. L’Isère avait un lit de torrent, en tresse, d’une largeur pouvant atteindre le kilomètre. La rivière déplaçait son lit dans cette bande à chaque crue, et de nouveaux bras se formaient. F. GEX décrit « un sol amphibie que se partageaient des bas-fonds marécageux et des glières arides entrecoupées de trainées limoneuses fertiles mais émiettées (…) en d’innombrables îles précaires et fantômes ».

Le cours vagabond de l’Isère se portait capricieusement de gauche à droite de la vallée « et à chaque crue le cultivateur éprouvait le spectacle affligeant de nouvelles dévastations ou irruptions qui corrodaient, innondaient (…) une partie précieuse de riches terrains ».
Outre ces méfaits agricoles, la rivière était indirectement la cause de fièvres paludéennes, notamment sur sa rive gauche moins ensoleillée.

Dès 1787, Victor-Amédée II créait une Commission d’étude pour le diguement de l’Isère avec pour objectifs :  » protéger les biens privés et communaux ; mettre en culture les « glières »16 et marais peu productifs ; fournir du travail pour fixer la population ; lutter contre les fièvres paludéennes ; produire des denrées agricoles (blé, herbe) autres que la blache ; créer sur les digues des voies de communication directes et des ponts ; améliorer la navigation (chenal unique) ; créer un chenal non guéable dans un but de protection militaire ».
Mais, de rapports divers en projets avortés les travaux ne commencèrent réellement qu’après les périodes mouvementées de la première Annexion (1792) et de l’Empire. C’est en effet le 17 août 1824 que le roi Charles-Félix ordonna la pose de la première pierre du diguement près du bourg de l’Hôpital (future Albertville). Cependant les plans et les devis ne furent achevés qu’en 1826, et les travaux ne commencèrent qu’en 1829.

L’énorme chantier s’étira sur plus d’Albertville à Montmélian (soient une quarantaine de kilomètres). Au plus fort des travaux, près de 4000 hommes, femmes et enfants participèrent au chantier, tant au creusement du chenal artificiel, qu’à l’exploitation des carrières ou à la construction des digues. Les contraintes étaient multiples : intempéries, problème d’étanchéité des rives, revendications communales et intérêts locaux divergents compliquèrent une tâche déjà colossale.

En 1853, à l’achèvement du gros oeuvre (digues et routes), les frais s’élevaient à 6 079 181 francs-or ; somme à laquelle s’ajoutèrent 2 000 000 de francs pour les frais d’achats de terrains et d’entretien des digues après les crues annuelles.

Avec l’endiguement de l’Isère les terres de la plaine devinrent cultivables et la rivière devint navigable, ceci concourut à une plus grande prospérité de la vallée et à une importante amélioration de conditions sanitaires de vie des cultivateurs locaux en faisant disparaitre quasi-immédiatement le paludisme de la Combe de Savoie. Le diguement eut aussi pour conséquence de modifier profondément le régime local de la propriété en en ouvrant l’accès « aux sans-bien (…), au gros bataillon des vignerons et journaliers qui végétaient dans le métayage et le fermage des domaines et spécialement du vignoble que se partageaient les gros propriétaires ».
Paradoxalement, si la surface agricole fut plus que triplée par l’amendement et la stabilisation des terrains, ces travaux eurent pour conséquence de faire diminuer les surfaces viticoles en Combe de Savoie en favorisant la création de terres propres à assurer aux populations locales une « subsistance » que le vignoble n’était pas toujours capable de donner.

Sources :
– François Gex : Le diguement de l’Isère dans la Combe de Savoie
– Jacky Girel : Histoire de l’endiguement de l’Isère en Savoie : conséquences sur l’organisation dupaysage et la biodiversité actuelle.

A partir de 1878 la crise phylloxérique anéantira tout le vignoble qu’il faudra reconstituer mais qui ne retrouvera pas son ampleur passée. La crise phylloxérique aura pour effet secondaire de démocratiser le régime de la propriété en combe de Savoie. En effet, les grands propriétaires privés pendant une dizaine d’années du revenu de leurs vignes, préférèrent s’en débarrasser « pour chercher ailleurs des placements moins précaires ».

Les pépinières de la Combe de Savoie

Fréterive est véritablement une curiosité dans le paysage viticole savoyard : c’est une commune qui ne possède pas de cru propre, qui regroupe nombre de vignerons (et pas des moindres !) et dont la notoriété vient de ses pépinières de plants de vigne.
Les ceps étaient autrefois reproduits par marcottage (ou provignage), mais la crise phylloxérique de 1878 détruisit en quelques années le vignoble savoyard. Pour le recréer on préféra le greffage au marcottage, aux semis et au bouturage, ce système permettait en effet d’associer le système racinaire d’un porte-greffe américain à un greffon issu d’un cépage local. On reconstitua donc le vignoble avec des porte-greffes américains de type Riparia résistants au phylloxéra.

On découvrit alors entre Fréterive, Aiton et St Pierre d’Albigny un terroir idéal pour obtenir des plants greffés et les premières pépinières artisanales furent crées à l’aube du premier conflit mondial.
La vallée est aujourd’hui le deuxième producteur français de plants de vigne avec 20 millions de pieds commercialisés annuellement en Champagne (50%), dans le Bordelais (15%), le Chablis-Sancerrois (10%), la Bourgogne (5%), et le Beaujolais (5%), le reste se ventile entre le Midi, la Corse, le Val de Loire, la Savoie et l’exportation.