La petite histoire nous rapporte qu’un âne avait appris aux vignerons comment tailler la vigne ( mais c’était une taille en vert ou rognage )…
Avant 1914 les femmes n’étaient pas autorisées à participer aux travaux de la taille de la vigne. « Faire tailler les vignes par une femme, c’est comme si le diable passait dedans ».
C’est la pénurie de bras masculin lors de la première guerre mondiale qui finit par imposer les femmes dans les vignes comme dans les usines.

Dans un premier temps nous évoquerons les différents types de taille de la vigne que l’on pratiquait autrefois en Savoie. C’est dans l’ouvrage du Docteur Jules Guyot « La viticulture de l’Est de la France » ainsi que dans « La vie rurale du sillon alpin » de Jean Miège que nous puiserons nos informations.

Il faut imaginer les vignes d’antan plantées en foule et sans alignement, mélangeant quelques fois cépages blancs et rouges. Ce désordre apparent était dû au fait que l’on pratiquait le provignage pour remplacer les ceps trop âgés. La crise phylloxérique eut raison de ces pratiques.

On ne menait pas la vigne avec la même technique, selon que l’on était vigneron à Montmélian, à Thonon ou à St Jean de Maurienne. Le Dr Guyot l’explique : « Il me serait impossible de reproduire par des figures toutes les variétés de dispositions des vignes en haies et en treilles de la Savoie : tantôt les haies sont à 0,60 m de terre et forment des vignes en lignes presque pleines ; tantôt elles sont à 1 mètre, 1,50 m et 2 mètres au dessus du sol, et sont plus ou moins écartées les unes des autres. La vallée de St Jean de Maurienne (…) offre à elle seule plus de quarante variétés de conduites de vignes en haies, en treilles et en arbres. (…)Tantôt elles forment limite ; tantôt elles sont disposées depuis 7,50 m jusqu’à 15 mètres de distance les unes des autres et elles inscrivent ainsi des cultures diverses ».

En voici quelques exemples par l’illustration :

C’est le type même de la vigne qui poussait en foule. Chaque cep était irrégulièrement dressé, mesurant 20 ou 30 cm avec deux ou trois bras, le tout étant soutenu par un échalas de 1,20 ou 1,30 m. On travaillait ainsi dans toute la Cluse de Chambéry et dans la Combe de Savoie.

Dans la Chautagne, à Ruffieux, les vignes poussaient sur roche. On avait donc moins pratiqué le provignage, les ceps étaient alignés et souvent francs de pied. Un pied était en général formé de trois ou quatre bras.

Dans la région d’Albertville les ceps étaient dressés à 50 ou 60 cm du sol, ils étaient supportés par des échalas de 2,50 m.

Dans toutes les provinces de Savoie on trouve aussi des vignes conduites treilles sur des poteaux et des traverses de bois, pouvant former de véritables charpentes. Cette méthode est encore utilisée de nos jours dans la vallée de la Maurienne, comme ici à Sainte Marie de Cuines.

Souvent, on intercalait dans ces treilles des arbres vivants ou morts. Plantés en terre à des distances irrégulières pour assurer la solidité de l’ensemble, on taillait ces arbres en gobelet pour porter la vigne.

Dans les environs de Chambéry et d’Aix les Bains et plus généralement dans les régions humides, on plantait des arbres (érables ou merisiers) en quinquonce ou en ligne. Chaque arbre supportait un cep isolé mais bien souvent les sarments se répandaient d’un arbre à l’autre formant des festons de vigne. « (…) dans la culture ancienne, les plants de Hibou accrochés aux cerisiers donnaient sans aucun traitement une ou deux cornues de vendanges (30 à 50 litres), soit 10 fois la production d’un cep taillé court. »

Pour augmenter la production de certaines treilles, on empruntait sur chaque cep un beau sarment de l’année et on l’attachait perpendiculairement à la vigne. Ces sarments étaient remplacés tous les ans, on les appelait des « sorties ».

La culture de la vigne en Haute-Savoie ne présentait pas d’originalité, si ce n’est les quelques exemples qui suivent.

Dans la région d’Evian on pratiquait la culture sur crosses dont nous avons déjà beaucoup parlé sur ce site (voir l’article sur le cru de Marin). Le Dr Guyot en parle comme de « la conduite la plus gigantesque de la vigne sur arbres ».

Sur les rives du lac Léman, entre Yvoire et Thonon, les vignes garnissaient des arbustes et formaient de petites haies basses sur la terre même. Les rameaux de l’un et de l’autre se confondaient au point qu’il était difficile de distinguer la vigne de l’arbrisseau « et de comprendre rien à la vue de l’ensemble ».

On cultivait la vigne à Seyssel ou à Collonges selon la méthode suisse, c’est à dire en soignant particulièrement la plantation, les alignements et le palissage. On taillait en « tête de saule » sorte de moignon renflé sur lequel poussaient les sarments autour d’un échalas.

Il est difficile d’expliquer la taille actuelle de la vigne en virtuel. Le mode de taille n’est pas propre à chaque cépage (sauf cas de fertilité ). Il est plus lié à des traditions locales ou à des habitudes de vignerons. Toutes les tailles savent produire du vin ! Pour résumer : il faut une adéquation entre la vigueur de la vigne, la fertilité du cépage, la qualité recherchée et cela donnera le nombre d’yeux viables et fertiles (correspondant à un nombre de grappes de raisin à venir soit le rendement espéré) laissés sur le cep.

Les principaux mode de taille en Savoie sont :
– la taille Guyot simple (la plus utilisée )
– le gobelet
– le cordon de Royat. On peu même dire idem en France !
– sur de jeunes plantations on utilise une taille dite de formation pour chaque mode de taille.
Voir aussi le Lexique en fin de chapitre

Pour clore ce dossier on peut aussi se reporter au Décret du 18 mars 1998 relatif aux appellations d’origine contrôlées « Vin de Savoie » et « Roussette de Savoie », modifié le 26 septembre 2003.

« Art. 6 . – Pour avoir droit aux appellations susvisées, les vins doivent provenir de vignes taillées conformément aux dispositions suivantes :

– gobelet, éventail ou cordon portant au maximum trois ou quatre coursons taillés à deux yeux francs ;

– guyot simple ou double avec en moyenne douze yeux francs au maximum par pied ; toutefois ce nombre peut être porté à seize pour le chardonnay B avec arcure des longs bois, et il ne doit pas dépasser dix pour le gamay N (dans ces nombres sont compris les yeux des longs bois et des coursons) ;

– une taille courte est obligatoire avec un nombre de huit yeux maximum pour les vignes de mondeuse plantées postérieurement à 1980.

La densité minimale est de 5 000 pieds à l’hectare pour toute nouvelle plantation*.

La distance entre les souches sur le rang est au minimum de 0,80 mètre. Cette mesure est applicable pour toute nouvelle plantation ou replantation réalisée après la parution du présent décret.

Les parcelles de vignes plantées avant la parution du présent décret et non conformes au niveau densité pourront bénéficier de l’appellation « Vin de Savoie » jusqu’à leur arrachage et au plus tard jusqu’à la récolte 2020 incluse. (…) »

*On précisera que deux systèmes de production co-existent cependant : les vignes plantées à 8000 pieds/ha qui nécessitent un tracteur enjambeur et celles à 6000 pieds/ha qui utilisent un tracteur vigneron.