Les anciennes mesures

Les mesures variaient d’une ville à l’autre, mais celles de Montmélian finirent par prévaloir en Savoie.
Roger Girel explique quelles étaient leurs contenances :

“Ces mesures, fruit de l’expérience, étaient proportionnées aux forces et aux besoins de l’homme, mais aussi adaptées aux lieux et aux circonstances.
Là où le transport du vin se faisait à dos de mulet, on avait “la sommée”, charge de deux barrals ou barils, soit 110 litres. Là où pouvait rouler un char, on avait “la charretée” qui était de deux “sommées”, soit 220 litres.
Pour les ustensiles :
– le pot de Montmélian, ou “quartelet”, contenait 2,228 litres ;
– le “picot”, ou demi-pot : 1,114 litre ;
– le quart de pot ou “jovelot”, ou encore “gevelot”, appelé ailleurs “picholette” ou “chopine” : 0,56 litres, soit environ un demi-litre.

Pour les futailles :
– le barral contenait 55 litres, soit 25 pots. Dans d’autres localités il portait le nom de “barricot” ;
– la demi-pièce : 110 litres, soit deux barrals ou 50 pots ;
– la pièce : 220 litres, ou 100 pots, d’où son nom de “cempote” ;
– le tonneau contenait 445 litres, soit un peu plus de deux pièces. C’est lui qu’on rencontrait le plus dans les caves des châtelains de Montmélian. A Chignin, un foudre de même contenance, d’une forme particulière, et dans lequel un enfant pouvait pénétrer par un guichet pour assurer à la brosse le nettoyage intérieur, portait le nom patois de “carcaviot”. Plus tard apparut le demi-muid d’une contenance de 580 litres”.

En Haute-Savoie les quelques 82 mesures différentes variaient dans des conditions énormes d’une province et d’un mandement (canton) à l’autre :

PROVINCE DU CHABLAIS

Mandements de Thonon,
Le Biot et
Abondance

– la chopine
0,326 l
– le 1/2 pot de 2 chopines
0,653 l
– le pot de 2 demi-pots
1,306 l
– le quarteron de 2 pots
2,613 l
– la brente de 16 quarterons
41,808 l
– le char de 16 brentes
668,928 l
Habères et Mégevette
– la chopine
0,564 l
– le 1/2 pot de 2 chopines
1,128 l
– le pot de débit de 2 demi-pots
2,256 l
Mandements de
le Biot et
d’Abondance
– la chopine ou 1/4 de pot
0,435 l
– le 1/2 pot
0,871 l
– le pot de débit de 2 demi-pots
1,742 l
Mandement d’ Evian
– la chopine
0,303 l
– le 1/2 pot de 2 chopines
0,606 l
– le pot de 2 demi-pots
1,2121 l
– le quarteron d’Evian de 2 pots
2,424 l
– le baril de 16 quarterons
38,784 l
– le char de 16 barils
620,544 l
Mandement de Douvaine
– la picholette
0,282 l
– le 1/2 pot de 2 picholettes
0,564 l
– le pot de 2 demi-pots
1,128 l
– le quarteron de 2 pots
2,256 l
– le setier de 24 quarterons
54,133 l
– le char de 12 setiers
649,598 l
PROVINCE DU FAUCIGNY
Mandement de Bonneville
sauf Entremont et Petit Bornand
– le 1/2 pot ou chopine
1,06 l
– le pot de débit de Bonneville
2,12 l
– le pot de quinte
2,25 l
– la brindée de 16 pots de quinte
36,00 l
– la chevalée de 4 brindées
144,00 l
– la maconnaise de 1 chevalée et demie
216,00 l
– le tonneau de 4 chevalées
576,00 l
Mandement de La Roche
y compris Entremont et Petit Bornand
– la picholette
0,375 l
– le 1/2 pot de 2 picholettes
0,75 l
– le pot de 2 demi-pots
1,50 l
– le baril de 40 pots
60,00 l
– la sommée de 2 barils
120,00 l
Mandement de Cluses
– la chopine ou 1/4 de pot
0,51 l
– le 1/2 pot de 2 chopines
1,02 l
– le pot de débit
2,05 l
– le pot de quinte
2,275 l
– la chevalée de 64 pots de quinte
145,60 l
Passy et Servoz
– la chopine du pot de débit de Sallanches
0,435 l
– le 1/2 pot de débit de Sallanches de 2 chopines
0,87 l

Mandement de Sallanches
excepté Megève

– le pot de débit de Sallanches
1,74 l
– la chopine du pot de débit de Sallanches
0,485 l
– le 1/2 pot de quinte de 2 chopines
0,97 l
– le pot de quinte de Sallanches
1,942 l
PROVINCE DU GENEVOIS
Mandements d’Annecy,
Duingt et Thorens
– la picholette
0,3565 l
– le 1/2 pot de 2 picholettes
0,713 l
– le pot d’Annecy de 4 picholettes
1,426 l
– la charge de 84,75 pots d’Annecy
120,854 l
Mandement de Thônes
– la picholette
0,421 l
– le 1/2 pot de 2 picholettes
0,842 l
– le pot de Thônes de 4 picholettes
1,684 l
– la charge ou sommée de 76 pots de Thônes
127,984 l
Mandement de Rumilly
– le pot d’huile de Rumilly
2,144 l
– le pot de vin de Rumilly
1,904 l
– la charge ou sommée de 66 pots de Rumilly
125,666 l
Mandements de St Jullien
et Seyssel
– la picholette
0,28 l
– le 1/2 pot de 2 picholettes
0,56 l
– le pot dit de Genève
1,13 l
– le setier de 48 pots
54,13 l
– la maconnaise de 4 setiers
216,53 l

Mandement de Faverges
sauf Doussard et Lathuile
où l’on utilisait le pot d’Annecy

– le pot
1,714 l
– le pot d’Albertville
1,845 l
– le baril : 35 pots d’Albertville
64,575 l
– la charge : 70 pots d’Albertville
129,15 l

Sources : Les anciens poids et mesures des provinces de la Haute-Savoie.

Il y avait, en Maurienne, quasiment autant de mesures que de paroisses, ce qui n’est pas peu dire.

PROVINCE DE LA MAURIENNE
Paroisses
la charge
le baril
l’émine
le pot

Aiguebelle, Aiton, Epierre, Montgilbert, Montsapey, Randens, St Alban d’Hurtières, St Georges d’Hurtières, St Léger, St Pierre de Belleville.

130,87 l

65,43 l
32,71 l
1,55 l

Albanne, Montricher, Orelle, St Jean d’Arc, St Martin la Porte, St Michel de Maurienne, Valloire.

94.91 l
47,45 l
1,48 l

Albiez le Vieux, Albiez le Jeune, Le Chatel, Fontcouverte, Hermillon, Jarrier, Montpascal , Montrond, Montvernier, Pontamafrey, St Alban des Villards, St Colomban des Villards, St Jean d’Arves, St Jean de Maurienne, St Julien, St Pancrace, St Sorlin d’Arves, Villarembert, Villardgondran.

124,57 l

62,28 l
31,14 l
1,48 l
Argentine, La Chambre, Montaimont, Montgellafrey, St Avre, St Etienne de Cuines, St Martin sur la Chambre, St Rémy, Ste Marie de Cuines.
127,70 l
2,02 l
Aussois.
93,95 l
1,46 l
Avrieux, Beaune, Bourget-Villarodin, Montdenis, St André, Le Thyl.
94,91 l
47,45 l
1,48 l
Bessans, Bonneval sur Arc, Bramans, Lansleboug, Lanslevillard, Sollières-Sardières, Termignon.
96,88 l
49,30 l
1,46 l
Bonvillaret.
130,87 l
66,43 l
32,71 l
1,55 l
Les Chavannes.
127,70 l
1,48 l
Founeaux, Le Freney, Modane.
94,91 l
47,45 l
1,48 l

Sources : La Maurienne en 1730, d’après le cadastre sarde.

Pour les fûts anciens on préférait le bois de châtaignier ou de cerisier au chêne. Les tonneaux étaient construits avec de fortes planches de 3 à 4 centimètres d’épaisseur et étaient solidement cerclés de fer pour voyager sur des chemins souvent mal carrossés.
Les fûts étaient détartrés tous les deux ou trois ans.

Les mesures modernes

Le système métrique décimal est institué le 18 germinal an III (7 avril 1795) par la loi ” relative aux poids et mesures “. L’unité de mesure de base, “le mètre” étant déterminée, la commission composée des savants Borda, Condorcet, Laplace, Lagrange et Monge dut établir toutes les autres unités de mesure qui en découlaient : le mètre carré et le mètre cube, le litre, le gramme…

Pour déterminer l’unité de masse, la commission préféra l’eau à tout autre corps tel que le mercure ou l’or, en égard à ” la facilité de se procurer de l’eau et de la distiller…”. Il fut établi que le kilogramme serait égal à la masse d’un décimètre cube d’eau pure, à son maximum de densité et sous la pression atmosphérique normale. En fait le litre vaut très exactement 0,999 987 dm3, c’est en 1919 que l’on a décidé de l’assimiler au décimètre cube.
Les nouvelles mesures mettront un demi-siècle à s’imposer sur le territoire national et c’est finalement la loi du 4 juillet 1837, sous le ministère de Guizot, qui permettra l’adoption exclusive du système métrique décimal.

Par Edit Royal du 11 septembre 1845, Charles-Albert Roi de Piémont-Sardaigne, prit la décision d’adopter dans ses Etats et notamment en Savoie le système métrique décimal. Une Commision des Poids et mesures fut constituée à Turin, qui établit en 1849 des “Tables des rapport des anciens poids et mesures des états du Royaume avec les poids et mesures du système métrique décimal”.

On trouvera en page Documents un Arrêté préfectoral daté du 12 Messidor an X (2 juillet 1802), comparant les anciennes mesures utilisées dans le département du Léman (qui correspond à peu près à l’actuelle Haute-Savoie) avec les nouvelles mesures imposées par la République.

Sources : Mesure et métrologie, Encyclopédie Yahoo.

La bouteille actuelle

Le format de 75 cl utilisé actuellement a été adopté en 1963.
La “Savoyarde” a été créée en partenariat par le Syndicat Régional des Vins de Savoie et les sociétés St Gobain et BSN. De couleur canelle, marquée à l’épaule d’une Croix de Savoie et d’un poids de 650 grammes, elle est plus courte que la “Véronique” et plus haute que la “Bourguignonne”. Elle a été mise en service par les A.O.C. en 1991.
Le design de la croix de Savoie qui identifie la bouteille s’est modernisé en 2012.

On notera que les vins de Crépy ont reçu l’autorisation particulière d’utiliser la flûte d’Alsace.
On peut actuellement observer une certaine fronde chez les producteurs de vins de Savoie qui préfèrent à la “Savoyarde” les bouteilles bordelaises ou bourguignonnes.

 

LES BOUTEILLES MODERNES
Mesure
Contenance
Type
Demi
37,5 cl
Demi bouteille standard
Fillette
37,5 cl
Petite bouteille typique du Val de Loire
Bouteille
75 cl
Bouteille standard
Magnum
1,5 l
Bouteille contenant 2 bouteilles de 75 cl
Jéroboam
3 l
Bouteille contenant 4 bouteilles de 75 cl
Réhoboam
4,5 l
Bouteille contenant 6 bouteilles de 75 cl
Mathusalem
6 l
Bouteille contenant 8 bouteilles de 75 cl
Salmanazar
9 l
Bouteille contenant 12 bouteilles de 75 cl
Balthazar
12 l
Bouteille contenant 16 bouteilles de 75 cl
Nabuchodonosor
15 l
Bouteille contenant 20 bouteilles de 75 cl
Melchior ou Salomon 18 l Bouteille contenant 24 bouteilles de 75 cl
Primato 26 l Bouteille contenant presque 35 bouteilles de 75 cl

Et pour être tout à fait complet sur ce sujet :

Jéroboam : Jéroboam 1er (ca. 922-901 av. notre ère) fonda le royaume du Nord d’Israël après avoir été au service du roi Salomon. A la mort de celui-ci, il s’opposa à son héritier légitime, son fils Roboam, en dressant contre lui les tribus du Nord. Afin de détourner les pélerins du temple de Jérusalem, il créa deux nouveaux sanctuaires à Béthel et Dan.

Réhoboam : Roboam 1er, fils du roi Salomon. La dureté de son règne (ca. 922-915 av. notre ère) entraina le schisme du royaume d’Israël : Jéroboam 1er fit sécession pour fonder les royaume du Nord, Roboam continua de régner sur Juda.

Mathusalem : le grand-père de Noé, qui vécut jusqu’à l’âge vénérable de 969 ans.

Salmanazar : sans doute Salmanazar III, roi d’Assyrie (ca. 859-824 av. notre ère), qui s’appliqua à étendre l’influence assyrienne en Chaldée.

Balthazar : L’un des trois rois mages ; il apporta à l’enfant Jésus, la myrrhe, symbole de mortalité.

Nabuchodonosor : Nabuchodonosor II (630?-562 av. notre ère), roi de Babylone où il fit aménager les fameux jardins suspendus. Son règne marqua l’apogée de l’empire babylonien. Devenu fou, il fut réduit à manger de l’herbe comme un animal.

Melchior : un autre des rois mages, qui offrit à l’enfant Jésus l’encens, symbole de la divinité.

Sources : Les miscellanées cullinaires de Mr Schott. Editions Allia

Les étiquettes

L’étiquette est éthymologiquement une marque fixée à un pieu, elle devient peu à peu une marque que l’on fixe ou que l’on colle (Linné). L’usage de l’étiquette pour identifier un vin est relativement récente, il est lié à l’emploi de la bouteille (en opposition à l’amphore puis à la barrique sur lesquelles on écrivait au charbon ou à la craie) et surtout à la commercialisation du vin. Ainsi la Savoie n’a utilisé les étiquettes que tardivement par rapport aux grandes régions françaises comme la Champagne qui exportait ses vins à l’étranger dès le XVIIIème siècle.
C’est l’invention, en 1797, de la lithographie qui permet d’imprimer en grande quantité et facilement toutes sortes d’illustrations, qui donnera une impulsion fondamentale au développement de l’étiquette moderne.

L’étiquette peut-être considérée comme la carte d’identité d’un vin. Malheureusement, pas plus qu’une carte d’identité, l’étiquette ne donne d’information sur le caractère de celui qu’elle représente. Déguster avant d’acheter est le seul moyen d’échapper aux étiquettes trompeuses !
Les étiquettes sont strictement réglementées, pour connaître la législation en vigueur cliquer sur l’étiquette ci- contre.

La capsule sertie qui coiffe le bouchage porte le timbre fiscal intégré (congé), de couleur verte pour les A.O.C. et bleue pour les vins de pays et les vins de table.